Un petit bilan du confinement

Notre bonhomme se souviendra du confinement comme d’un beau Printemps. Nous aussi. Nous avons pu travailler à nos chantiers, mettre en place nos cultures, commencer nos cueillettes. Sur le plan économique, nous n’avons pas pu accueillir de visiteurs pour les vacances de Pâques et dû annuler nos animations. Nous n’avons eu aucun revenu depuis Janvier. Évidemment, notre trésorerie est plus que tendue. Mais qu’à cela ne tienne : comme nous n’avons pas tous nos œufs dans le même panier, nous nous rattraperons sur les ventes de produits cet été. Quand bien même notre quotidien n’aura été finalement que très peu affecté, nous avons vécu cette période avec émotion en pensant à tous ceux qui étaient privés de la liberté aussi vitale que fondamentale d’être en contact avec la Nature.

Bambin limousin en plein confinement

La période actuelle confirme la pertinence de nos choix de vie. Nous n’aurions pas supporté l’enfermement entre quatre murs. D’une certaine façon, nous sommes déjà confinés toute l’année : nous ne partons pas en vacances (une semaine en janvier) et nous nous déplaçons habituellement qu’une fois ou deux fois par semaine. Quand nous avons envie de vacances, nous nous posons un quart d’heure et nous admirons le paysage. Quand bien même le prix des denrées alimentaires exploserait, nous ne serions pas otages. Nous avons le potager, les poules et le cellier est plein de conserves de l’Automne dernier. Nous gagnons très peu, nous travaillons beaucoup mais nous jouissons d’une qualité de vie devenue rare bien qu’elle ait été la norme il n’y a pas si longtemps.

D’après les médias, de nombreux français souhaitent revenir vivre à la campagne. Alors que la vie urbaine devient de plus en plus hostile à notre biologie, il faut le souhaiter. Un million de paysans pour 2025 ?

Bonne année 2020

Une année qui commence, c’est l’occasion de faire un bilan et de dessiner des perspectives pour celle qui vient.

2019 fut notre première année d’activité. Nous avons cultivé 1200m2 de plantes aromatiques, élaboré et lancé notre gamme de produits, tisanes, sirops, gelées, sels aux herbes, que nous avons vendu sur le marché local. Nous avons également assuré 22 animations à la ferme pour 130 personnes, accueillis 15 wwoofers et 20 nuitées en chambres d’hôtes. Notre chiffre d’affaire correspond au tiers de notre objectif (pouvoir se payer un SMIC !), que nous pourrions atteindre l’année prochaine.

Nous avons pris du retard sur nos chantiers : le séchoir à plantes devrait être achevé d’ici la fin du mois et nous n’aurons pas fini le laboratoire de transformation avant l’Eté. Nous avons surtout travaillé à la mise en place de notre autonomie familiale : poulailler, brebis, nettoyage des bois et coupe pour le chauffage, récolte et transformation des châtaignes, conserves du potager, jus de pomme, etc… Nous nous sommes aussi beaucoup investi dans le collectif, notamment dans les associations Saint Junien Environnement et Vayres Oradour Defense Environnement.

Quand bien même nous vivons dans un milieu préservé, nous sommes aux premières loges pour assister à la diminution des populations d’insectes et d’oiseaux, les ravages du cynips sur nos châtaigniers, des haies arasées, des zones humides drainées, des ruisseaux comblés, des décharges sauvages, des terres agricoles artificialisées, autant de pratiques toxiques mais encore courantes par chez nous. Nous nous inquiétons aussi de la menace sur les paysages qu’implique les projets d’éoliennes et de parcs photovoltaïques destinés à alimenter la Croissance verte. Pour nous qui nous efforçons de vivre au plus simple pour diminuer notre impact environnemental, il est difficile d’accepter qu’on nous impose des éoliennes industrielles devant chez nous pour alimenter la consommation de ceux qui veulent toujours plus. Pourquoi ne pas commencer par des économies d’énergie avant de massacrer les paysages ? L’énergie doit bien venir de quelque part : pourquoi pas des projets citoyens pour desservir notre consommation ?

Depuis le mois de janvier, nous avons la chance d’avoir de nouveaux voisins au village du Poulier, situé à 400m à vol d’oiseau. Ils sont huit (pour l’instant), jeunes, fringants, plein de projets et d’idées pour vivre autrement, plus simplement, naturellement, construire du collectif, travailler notre résilience. Ils se sont regroupés en association, Terra Nostra, et ils ont acheté la moitié des maisons du village du Poulier. Partageant les même idées et les même valeurs, nous allons pouvoir mutualiser des outils, des moyens, des ressources, du travail. Construire du commun. Voilà qui va donner des ailes à nos projets respectifs.

L’année commence donc avec la promesse de belles aventures. Il en faut : alors que notre monde semble plus fragile que jamais, il est plus que jamais nécessaire d’initier des oasis de résilience et de créativité. Alors que les gouvernements et les institutions semblent plombés par l’inertie, voir le déni, c’est à nous, citoyens, de reprendre l’initiative et la maitrise de nos vies. Nous voulons des campagnes jeunes et foisonnantes d’initiatives citoyennes, nous voulons de la biodiversité, si nécessaire à notre qualité de vie, sinon de survie.

En conclusion, nous adressons un grand remerciement à tous ceux qui nous ont aidé en 2019 à la mise en place de notre projet, famille, wwoofers, amis, voisins, et nous souhaitons à tous de réaliser le bonheur de vivre sans artifices, tout simplement, tout naturellement, pour que d’autres puissent aussi vivre.

Premières récoltes

Sitôt arrivés, sitôt servis. Quel bonheur et quel privilège de pouvoir récolter 100 kg de châtaignes, 1/2 tonne de pommes et 10 kg de noix une semaine après notre arrivée. Heureuse surprise : les ceps de vigne plantés sont de la variété Noah. Ce bon goût d’interdit nous évoque le jardin d’Eden. Quelques préparations plus tard, voilà le cellier rempli : soupes et crèmes de châtaignes, conserves, compotes, jus de pomme (quel délice ! on croirait boire la pomme !). Nous voilà presque parés pour l’hiver. On savoure mais on fera encore mieux l’année prochaine !