La mélisse de Moldavie, thé des Ouïghours

Dracocephalum moldavica, qu’elle s’appelle, notre copine du jour. Tête de dragon de Moldavie. Autant, on retrouve facilement la tête de dragon dans la fleur, autant la Moldavie est une fausse piste puisque cette plante merveilleuse nous vient du lointain pays des Ouïghours. Considérée comme une panacée*, cette labiacée asiatique exhale un parfum puissamment citronné. Traditionnellement utilisée comme médicinale pour traiter les maladies cardiovasculaires, elle fait l’objet de recherches scientifiques afin de ralentir la progression de la maladie d’Alzeihmer. Elle possèderait aussi des propriétés antiseptiques, digestives et anti-inflammatoires **. On pourra aussi l’utiliser avantageusement pour le traitement des migraines. Peu exigeante, elle s’intégrera avec bonheur à votre pharmacie du jardin où elle réjouira les insectes pollinisateurs.

En savourant son infusion, on aura une pensée solidaire pour le peuple ouïghour, héritier d’une civilisation deux fois millénaire et victime d’un ethnocide abject.

* Une panacée est une herbe médicinale considérée comme « bonne à tout faire »
** Les plantes contiennent des principes actifs et ne devraient être utilisées que sous la supervision de votre médecin traitant.

A l’ombre du tilleul

Le tilleul aime l’humidité et un climat tempéré. Autant dire qu’il est chez lui en Limousin. On le rencontre très fréquemment planté près des maisons, mais aussi en essence forestière. On raconte que sous un tilleul, l’atmosphère est plus fraiche et que l’on digère mieux. C’est vrai. Chez nous, notre tilleul nous sert de salle à manger. C’est un arbre où il fait bon respirer quand le soleil cogne. Son ombre est fraiche. Son bois tendre et facile à travailler était utilisé en ébénisterie. De piètre valeur pour le feu, il fait un excellent fourrage pour les bêtes… et les hommes. Tentez une salade de jeunes feuilles. Vous serez surpris par leur douceur qui rappelle opportunément que le tilleul est un cousin de la mauve. Est-ce à cause de ses propriétés calmantes qu’on rendait autrefois justice sous cet arbre ? Il existe une variété de tilleul à petites bractées et une autre avec des bractées plus grandes. On cueille ces dernières de préférences, lorsqu’une première fleur a éclot et que les abeilles font un tel tapage qu’on a l’impression d’avoir la tête dans une ruche. Il faut alors émonder bractée après bractée, ce qui demande une certaine dextérité si l’on veut être rapide. Alors que les mains sont occupées, on écoute le chant des oiseaux, ou bien on discute en bonne compagnie. Sous le tilleul. La boucle est bouclée.

Le sureau – Portraits de plantes

Après avoir mis le nez dans une ombelle de sureau, vous n’oublierez jamais son parfum à la note fruitée. Sa floraison qui enchante nos haies et nos campagnes nourrit tout un monde d’insectes et ses baies font le festin des oiseaux. Comme le chêne ou le châtaignier, cette essence est à la base de toute une chaine trophique caractéristique de nos écosystèmes européens tempérés. Sa cueillette est un des grands moments de bonheur possible sur Terre. On nage alors dans les ombelles et le nectar et on se prendrait presque pour un bourdon. Le fort pouvoir aromatique du sureau permet de l’utiliser en limonade, vin transformé, sirops et gelées. Sous forme de tisane, c’est un anti-inflammatoire reconnu. Son bois creux le rend propice à la fabrication de flutes, de boufadous, et aussi des perchoirs pour le poulailler. Traditionnellement, c’est l’arbre des fées… et des sorciers. Cette versatilité vient du fait qu’on peut le confondre avec le hyèbe, cette herbe de mauvaise compagnie et que son feuillage est toxique pour les hommes comme pour les bêtes. C’est pourquoi on doit soigneusement émonder les fleurs avant de les travailler. Mais il nous donne déjà tant qu’on lui pardonne bien volontiers.