En Martinique, l’association Lasoté essaye de préserver une pratique sur laquelle il y aurait beaucoup à dire : le Lasoté marie trois ingrédients : les jardins créoles, le travail collectif et la musique. On appelle jardin créole les jardins vivriers traditionnels qui associent fruitiers, légumes et plantes médicinales. L’association des différentes cultures permet de fournir de l’ombre sous le soleil tropical, mais aussi de recréer une forme de biodiversité qui limite les attaques de ravageurs. C’est ce qu’on essaye de reconstruire aujourd’hui dans les pratiques permaculturelles. Le travail collectif, lui, était la norme dans les sociétés traditionnelles. En Afrique, en Asie, en Europe, les communautés villageoises se rassemblaient pour les travaux lourds tels que le bêchage ou le billonnage. Et la musique transforme ce qui pourrait être un travail pénible en un événement festif.

Dans le Lasoté, l’orchestre se compose de trois tambours, autant de joueurs de ti bwa, une percussion sur bambou et surtout un crieur. C’est lui qui va donner le rythme léwé, fésé, sur lequel se calent les travailleurs. Le crieur encourage, lance des plaisanteries, chante, commente, bénit la terre… Enfin, la journée se termine par un repas collectif.

Cette pratique a des implications politiques, du fait de son histoire lié à ses origines africaines et à l’esclavage, sociales, mais aussi économiques et culturelles. En Anthropologie, on parle de fait social total. Le Lasoté permet aussi de réconcilier les deux acceptations du mot culture, qui désigne aussi bien les pratiques socio-culturelles que le travail de la Terre. Une culture, c’est une façon d’être au monde, qui implique aussi bien l’alimentation du corps que de l’esprit, le travail et le loisir, les différents aspects de la vie que les modernes ont disséqués en autant de petites cases dissociées. Enfin, de façon efficace autant que symbolique, le Lasoté participe au réenchantement du monde.

Chants de travail au Burkina Faso.

En Inde.

Au Sénégal.

Un documentaire portugais illustrant les liens entre le blues et les chants de travail des esclaves afro-américains.

Pour conclure cet article, une vidéo formidable tournée au Mali illustrant la corrélation entre les rythmes musicaux dans la culture mandingue et les rythmes de la vie quotidienne. Tout un programme et une philosophie.

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