Chronique des jours

Joyeuse Saint Jean

La Ferme des Simples est heureuse de vous souhaiter une belle nuit de la Saint-Jean. Pour nous, cette fête est une date importante à plusieurs titres. La Saint-Jean, c’est évidemment la christianisation du solstice d’été, fêté dans tout le monde antique depuis la Cornouailles jusqu’à la lointaine Perse. C’est aussi le climax du cycle de vie de nombreuses plantes, à commencer par le millepertuis,

Enfin, la Saint-Jean, c’est aussi l’annonce des jours qui raccourcissent et des ténèbres à venir. Ce n’est pas l’auteur du Livre de l’Apocalypse qu’on fête ce jour là mais Jean le Baptiste, le cousin de Jésus qui l’aurait annoncé. Nos anciens étaient-ils dupes de ces petits arrangements avec l’Histoire ? Ce qui les préoccupait certainement davantage, c’était les récoltes et une bonne occasion de faire la fête.

Le 14 Juillet, c’est la Fête végétale à la Ferme des Simples

Vivre simplement et naturellement, c’est plus qu’un slogan, c’est notre mode de vie. Pour tous ceux qui cherchent à évoluer dans cette direction, nous mettons à votre disposition nos connaissances et notre expérience avec les plantes. Qu’il s’agisse de s’alimenter, de respirer, de se soigner, de se chauffer ou de s’amuser, la ressource est la même : vivre simplement et naturellement, c’est vivre avec les plantes. Venez vivre et partager notre petit monde vert durant trois jours. 

Le Tilleul – Portrait de plante

Le tilleul aime l’humidité et un climat tempéré. Autant dire qu’il est chez lui en Limousin. On le rencontre très fréquemment planté près des maisons, mais aussi en essence forestière. On raconte que sous un tilleul, l’atmosphère est plus fraiche et que l’on digère mieux. C’est vrai. Chez nous, notre tilleul nous sert de salle à manger. C’est un arbre où il fait bon respirer quand le soleil cogne. Son ombre est fraiche. Son bois tendre et facile à travailler était utilisé en ébénisterie. De piètre valeur pour le feu, il fait un excellent fourrage pour les bêtes… et les hommes. Tentez une salade de jeunes feuilles. Vous serez surpris par leur douceur qui rappelle opportunément que le tilleul est un cousin de la mauve. Est-ce à cause de ses propriétés calmantes qu’on rendait autrefois justice sous cet arbre ? Il existe une variété de tilleul à petites bractées et une autre avec des bractées plus grandes. On cueille ces dernières de préférences, lorsqu’une première fleur a éclot et que les abeilles font un tel tapage qu’on a l’impression d’avoir la tête dans une ruche. Il faut alors émonder bractée après bractée, ce qui demande une certaine dextérité si l’on veut être rapide. Alors que les mains sont occupées, on écoute le chant des oiseaux, ou bien on discute en bonne compagnie. Sous le tilleul. La boucle est bouclée.

Jean-François – Portrait de potes

Ses sabots lui donnent un air de clown débonnaire. Il l’est. Son regard tendre exprime la pudeur des gens d’ici. Et pourtant, c’est une star régionale. C’est notre Jean-François. Comme il vient faire une balade contée à La ferme des Simples dimanche prochain, j’ai profité de l’occasion pour lui tirer le portrait.
Qui est Jean-François Vignaud ? On peut dire de lui qu’il est professeur à l’Institut des Études Occitanes de Limoges et qu’il est un authentique paysan limousin labellisé AOC. Mais ça ne dit pas tout. Jean-François, c’est une mémoire locale, un gars élevé dans le jus, et même un émule de l’anthropologie paysanne initiée par Marcela Delpastre. Voilà qui pose son homme.
Alors que notre monde change à toute vitesse au point d’en ressentir parfois un gros vertige, il fait bon s’asseoir sur un banc écouter Jean-François, se remémorer d’où on vient et se souvenir d’où on va et de ce qu’on veut vivre. S’il y a une personne qui connait le Limousin et les limousins, c’est bien lui. Et le Limousin, c’est tout un monde.
Nous voilà à parler de variétés de pommes pour le couteau ou pour la garde, de techniques de greffage ou de taillanderie, des mérites comparés de la faux française et de son homologue autrichienne, des bonnes fontaines et du paganisme paysan, des rituels de bouquets de la Saint Jean, des sorciers et des guérisseurs, de l’évolution des paysages. Avec Jean-François, on se raconte tout ça, mille et une histoire du temps passé ou du temps qu’il fait, de ces petites histoires qui font ou ne font pas la grande, des histoires comme on s’en raconte entre limousins.
Tout ça pour dire que dimanche 14 juin, Jean-François nous fera l’honneur de venir parler des plantes et des limousins à la Ferme des Simples. Réservez vos places.

Le sureau – Portraits de plantes

Après avoir mis le nez dans une ombelle de sureau, vous n’oublierez jamais son parfum à la note fruitée. Sa floraison qui enchante nos haies et nos campagnes nourrit tout un monde d’insectes et ses baies font le festin des oiseaux. Comme le chêne ou le châtaignier, cette essence est à la base de toute une chaine trophique caractéristique de nos écosystèmes européens tempérés. Sa cueillette est un des grands moments de bonheur possible sur Terre. On nage alors dans les ombelles et le nectar et on se prendrait presque pour un bourdon. Le fort pouvoir aromatique du sureau permet de l’utiliser en limonade, vin transformé, sirops et gelées. Sous forme de tisane, c’est un anti-inflammatoire reconnu. Son bois creux le rend propice à la fabrication de flutes, de boufadous, et aussi des perchoirs pour le poulailler. Traditionnellement, c’est l’arbre des fées… et des sorciers. Cette versatilité vient du fait qu’on peut le confondre avec le hyèbe, cette herbe de mauvaise compagnie et que son feuillage est toxique pour les hommes comme pour les bêtes. C’est pourquoi on doit soigneusement émonder les fleurs avant de les travailler. Mais il nous donne déjà tant qu’on lui pardonne bien volontiers.

Un petit bilan du confinement

Notre bonhomme se souviendra du confinement comme d’un beau Printemps. Nous aussi. Nous avons pu travailler à nos chantiers, mettre en place nos cultures, commencer nos cueillettes. Sur le plan économique, nous n’avons pas pu accueillir de visiteurs pour les vacances de Pâques et dû annuler nos animations. Nous n’avons eu aucun revenu depuis Janvier. Évidemment, notre trésorerie est plus que tendue. Mais qu’à cela ne tienne : comme nous n’avons pas tous nos œufs dans le même panier, nous nous rattraperons sur les ventes de produits cet été. Quand bien même notre quotidien n’aura été finalement que très peu affecté, nous avons vécu cette période avec émotion en pensant à tous ceux qui étaient privés de la liberté aussi vitale que fondamentale d’être en contact avec la Nature.

Bambin limousin en plein confinement

La période actuelle confirme la pertinence de nos choix de vie. Nous n’aurions pas supporté l’enfermement entre quatre murs. D’une certaine façon, nous sommes déjà confinés toute l’année : nous ne partons pas en vacances (une semaine en janvier) et nous nous déplaçons habituellement qu’une fois ou deux fois par semaine. Quand nous avons envie de vacances, nous nous posons un quart d’heure et nous admirons le paysage. Quand bien même le prix des denrées alimentaires exploserait, nous ne serions pas otages. Nous avons le potager, les poules et le cellier est plein de conserves de l’Automne dernier. Nous gagnons très peu, nous travaillons beaucoup mais nous jouissons d’une qualité de vie devenue rare bien qu’elle ait été la norme il n’y a pas si longtemps.

D’après les médias, de nombreux français souhaitent revenir vivre à la campagne. Alors que la vie urbaine devient de plus en plus hostile à notre biologie, il faut le souhaiter. Un million de paysans pour 2025 ?

Sylvian – Portraits de potes

Je commence avec Sylvian une nouvelle rubrique : portraits de potes. J’ai envie de raconter et de mettre en avant différentes personnes qui font partie de notre univers qui racontent quelque chose de notre petit monde néo-limousin.

On a rencontré Sylvian à partir d’une petite annonce sur Terre de Liens. Nous avions déjà notre projet de Ferme des Simples en tête et nous visions le Limousin avec la possibilité d’une installation à plusieurs familles. Sylvian est chercheur au CNRS. C’est un spécialiste des nano-matériaux. Son rêve dans la vie, c’est de devenir maraicher.

Finalement, nous ne nous sommes pas installés ensemble. Syl a trouvé chaussure à son pied à Etagnac, en Charente limousine, à vingt cinq kilomètres de chez nous. Il continue à travailler à mi-temps, ce qui lui permet de préparer tranquillement sa transition.

Chez Syl, c’est bien pensé, méthodique, harmonieux et productif. Il va faire des paniers pour ses collègues à Limoges. Son boss lui a confié qu’il était envieux. Être paysan, c’était aussi son rêve. Mais il n’a pas osé franchir le pas.

Sylvian est symptomatique d’un mouvement. L’Hiver 2019, j’ai participé à une réunion organisée par le réseau ADEAR pour les jeunes paysans. Tour de table, présentations : que des reconversions, que des jeunes urbains surdiplomés, une moyenne de Bac+5, un jeune fonctionnaire au quai d’Orsay, un informaticien, un ingénieur réseau, une journaliste, un photographe. Autant de néo-paysans.

Les rats quittent le navire. Les rats sont des animaux connus pour leur intelligence. Quand l’élite d’une Nation décide de prendre des chemins de traverse, c’est signe que des changements sont à l’œuvre.

Le sacre du Printemps

Hier, les arbres ont débourré. Pour qui n’aurait jamais vécu ce moment magique, comment le décrire… c’est un feu d’artifice. C’est la fête végétale. C’est un spectacle total en son et en lumières. Voilà le bon moment pour sortir l’appareil photo et aller se balader dans la prairie. Alors que beaucoup sont confinés dans une cage à lapin entre quatre murs, cela peut paraitre décalé. En même temps, c’est le cours normal des choses : tous les enfants du monde devraient pouvoir vivre ce moment magique. Pourquoi ce qui était la norme il y a 50 ans encore est-il devenu un luxe impossible ? C’est un choix de société. Mais c’est aussi les choix de chacun. Alors que 50% des agriculteurs vont prendre leur retraite ces cinq prochaines années, ce sont autant de terres qui pourraient être rendues accessibles à des néo-paysans pour réinventer l’agriculture de demain et la souveraineté alimentaire. Qui ne voudrait pas voir grandir ses enfants dans un tel environnement ? Ecologie, souveraineté, résilience, plaisir des sens, connexion avec notre Nature, tout nous ramène à un modèle néo-paysan. Souhaitons que ces photos suscitent des vocations.

Bonne année 2020

Une année qui commence, c’est l’occasion de faire un bilan et de dessiner des perspectives pour celle qui vient.

2019 fut notre première année d’activité. Nous avons cultivé 1200m2 de plantes aromatiques, élaboré et lancé notre gamme de produits, tisanes, sirops, gelées, sels aux herbes, que nous avons vendu sur le marché local. Nous avons également assuré 22 animations à la ferme pour 130 personnes, accueillis 15 wwoofers et 20 nuitées en chambres d’hôtes. Notre chiffre d’affaire correspond au tiers de notre objectif (pouvoir se payer un SMIC !), que nous pourrions atteindre l’année prochaine.

Nous avons pris du retard sur nos chantiers : le séchoir à plantes devrait être achevé d’ici la fin du mois et nous n’aurons pas fini le laboratoire de transformation avant l’Eté. Nous avons surtout travaillé à la mise en place de notre autonomie familiale : poulailler, brebis, nettoyage des bois et coupe pour le chauffage, récolte et transformation des châtaignes, conserves du potager, jus de pomme, etc… Nous nous sommes aussi beaucoup investi dans le collectif, notamment dans les associations Saint Junien Environnement et Vayres Oradour Defense Environnement.

Quand bien même nous vivons dans un milieu préservé, nous sommes aux premières loges pour assister à la diminution des populations d’insectes et d’oiseaux, les ravages du cynips sur nos châtaigniers, des haies arasées, des zones humides drainées, des ruisseaux comblés, des décharges sauvages, des terres agricoles artificialisées, autant de pratiques toxiques mais encore courantes par chez nous. Nous nous inquiétons aussi de la menace sur les paysages qu’implique les projets d’éoliennes et de parcs photovoltaïques destinés à alimenter la Croissance verte. Pour nous qui nous efforçons de vivre au plus simple pour diminuer notre impact environnemental, il est difficile d’accepter qu’on nous impose des éoliennes industrielles devant chez nous pour alimenter la consommation de ceux qui veulent toujours plus. Pourquoi ne pas commencer par des économies d’énergie avant de massacrer les paysages ? L’énergie doit bien venir de quelque part : pourquoi pas des projets citoyens pour desservir notre consommation ?

Depuis le mois de janvier, nous avons la chance d’avoir de nouveaux voisins au village du Poulier, situé à 400m à vol d’oiseau. Ils sont huit (pour l’instant), jeunes, fringants, plein de projets et d’idées pour vivre autrement, plus simplement, naturellement, construire du collectif, travailler notre résilience. Ils se sont regroupés en association, Terra Nostra, et ils ont acheté la moitié des maisons du village du Poulier. Partageant les même idées et les même valeurs, nous allons pouvoir mutualiser des outils, des moyens, des ressources, du travail. Construire du commun. Voilà qui va donner des ailes à nos projets respectifs.

L’année commence donc avec la promesse de belles aventures. Il en faut : alors que notre monde semble plus fragile que jamais, il est plus que jamais nécessaire d’initier des oasis de résilience et de créativité. Alors que les gouvernements et les institutions semblent plombés par l’inertie, voir le déni, c’est à nous, citoyens, de reprendre l’initiative et la maitrise de nos vies. Nous voulons des campagnes jeunes et foisonnantes d’initiatives citoyennes, nous voulons de la biodiversité, si nécessaire à notre qualité de vie, sinon de survie.

En conclusion, nous adressons un grand remerciement à tous ceux qui nous ont aidé en 2019 à la mise en place de notre projet, famille, wwoofers, amis, voisins, et nous souhaitons à tous de réaliser le bonheur de vivre sans artifices, tout simplement, tout naturellement, pour que d’autres puissent aussi vivre.